Bénédiction des deux croix du Pélo 07-01-1875 Pages 13-92 et 14 –92


L’an du Seigneur mil huit cent soixante quinze, le septième jour du mois de janvier, jour de la première communion générale de la Mission, presque toute la population de St-Lyphard s’était donné le rendez-vous pour assister à la bénédiction solennelle des deux croix du Pélo, l’une érigée par Gabriel Advenard et située à l’embranchement des deux routes de Crévy au Bourg et du Calvaire à la Brière, et l’autre relevée par le village du Pélo sur les ruines de l’ancienne et située au centre du dit village.

A quatre heures du soir, les cloches de l’église, s’agitant joyeusement dans les airs, annonçaient le signal du départ et la procession partant de l’église paroissiale, formait ses nombreux défilés. Les femmes et les jeunes filles ouvraient la marche et les jeunes gens et les hommes, dociles et soumis, suivaient pieusement les rangs formés par elles. On fut bientôt arrivé à la croix de Gabriel Advenard, les rangs se replièrent sur eux-mêmes et l’on procéda à la bénédiction. Mgr Gaignard, supérieur des Missionnaires, s’était réservé le droit de la bénir. Quand il eut terminé cette cérémonie et que les prêtres eurent adoré la croix, il invita à réciter une prière pour ceux qui avaient érigé ce monument, signe béni de notre salut. Tous se mirent à genoux et, la prière étant terminée, on se dirigea vers l’église en repassant devant la croix du Pélo.

Quand le clergé y fut arrivé, la procession fit halte et Mgr le Supérieur des Missionnaires bénit encore cette belle croix de granit, si riche de souvenirs. ( Cette croix en effet était précédemment un ancien calvaire paroissial, situé sur la place et devant l’église, la petite croix de Malte qui en orne le piédestal est un reste de la vieille croix qui tenant la même place avant les tristes jours de la Révolution et qui fut démolie par des mains sacrilèges, quand, lors de ces jours de terreur, le bourg fut presque entièrement détruit par les flammes. On y a ajouté un fleuron pour compléter la croix de Malte et remplacer le pied qui avait disparu).

Durant la bénédiction de ce calvaire et celle de divers objets de piété, les assistants qui s’étaient munis de cierges et de bougies les allumèrent et après une courte mais bien touchante allocution de Mgr le Supérieur des Missionnaires, la procession se remit en marche vers le bourg de St Lyphard, au chant des cantiques et des hymnes de l'Église.

Les habitants de St Lyphard étaient rayonnants de bonheur. Cette procession aux flambeaux leur rappelait aux uns ce qu’ils avaient vu au Sanctuaire de Lourdes et aux autres ce qu’ils en avaient entendu raconter. Leur cœur qui s’était nourri le matin du pain eucharistique, était tout entier au Bon Dieu et cette procession aux flambeaux les ravissait tellement qu’au lieu de rentrer dans leur église et malgré leur fatigue et la boue du chemin, il fallut prolonger le parcours et se rendre jusqu’auprès du village de Fauza, afin de jouir plus longtemps de ce magnifique spectacle.

Arrivé là, la procession se replia encore sur elle-même et se dirigea de nouveau vers l’antique Sanctuaire. Là, un coup d’œil ravissant s’offrit aux regards des assistants de plus en plus émerveillés.

Une belle illumination avait été préparée pour la cérémonie de la rénovation des vœux. L’église, si pauvre et si délabrée paraissait riche sous cette décoration de flammes, les nombreuses lumières lui donnaient un éclat qui fut grandement rehaussé par celles qui successivement vinrent du dehors s’adjoindre à leurs sœurs du dedans.

C’était splendide, on eût dit le vestibule du Ciel!

Monsieur le Supérieur des Missionnaires monta en chaire et, avec le feu qu’on lui connaît, excité lui-même par tout ce dont il était le témoin, rappela à son auditoire, dans une allocution bien sentie, tous les avantages qu’on trouve au service de J.C. et le danger que l’on court en l’abandonnant. Tous l’écoutaient avec la plus grande attention, aussi quand il demanda de renouveler les promesses du Baptême, ce fut comme un tonnerre d’approbation et d’engagements. Les cœurs se dilataient sous le charme de la parole de l’orateur, les larmes coulaient abondantes et les résolutions se prenaient fermes et solides. Plaise à Dieu qu’elles soient durables….

Fait à St Lyphard le 7 janvier 1875.

C. Corbineau, Vicaire de Batz – F. Gaignard, Supérieur des Missions – P. Tifoche – Pérot de Guérande -

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