Témoignage d'une Lyphardaise née en 1928



Les premiers Allemands qu'on aperçut, c'était sur la place de l'église , deux soldats vêtus de vert, casqués et bottés, arme à l'épaule, montés sur une moto.


Nous étions pourtant sûrs de la victoire et voilà que quelques jours seulement après le vrai déclenchement des hostilités, l'ennemi était déjà chez nous ! ! !


Ainsi, en Juin 1940, la réalité était là… L'armée française et ses alliés étaient en déroute, malgré quelques points de résistance nos soldats étaient faits prisonniers par régiments entiers.


On nous avait pourtant fait croire que notre armée était invincible «  Nous vaincrons car nous sommes les plus forts » ! ! ! Quelle désillusion ! ! !


Fuyant les combats et par peur des Allemands, les populations de l'Est et du Nord déferlaient vers l'intérieur du pays.


Un grand nombre de réfugiés se sont arrêtés à St Lyphard et ses environs


Je me souviendrai toujours de deux hommes qui nous avaient expliqué qu'ils avaient dû quitter l'Allemagne parce qu'ils étaient Juifs et que là-bas les Juifs étaient dépouillés de leurs biens et internés. Mes parents n'en croyaient pas leurs oreilles.


Très vite, il a fallu organiser notre vie en fonction des circontances


Plus tard, il fallu bien recommencer à travailler malgré la pénurie qui commençait à s'installer

Les hommes qui avaient pu échapper à la captivité , durent accepter de travailler pour l'occupant.


Dès le début de l'année 1941, certains participèrent à la construction de la base sous- marine de St Nazaire et des blockhaus du fameux mur de l'Atlantique.


C'étaient des chantiers énormes où, aidés de dizaines de bétonnières et de trains de wagonnets pour le transport du béton, les équipes se relayaient jour et nuit.


Parmi les obligations imposées par l'occupant, rappelons que dès 1941, la France vivait à l'heure allemande, c'est à dire qu'en hiver l'horaire officiel avait une heure d'avance sur le soleil et passait à deux heures en été.


Pour détruire la base sous- marine , les Anglais puis les Américains la bombardèrent à cinquante reprises sans lui causer de dégâts majeurs, par contre la ville de St Nazaire fut rasée à 85 %


Des avions, touchés par la DCA s'abattirent près de St Lyphard. On retrouva des débris de ces appareils jusque dans le grenier d'une maison de Kerdoguet. Sept bombes perdues tombèrent entre ce village et Kerado.


Moins qu'en ville, nous avons quand même souffert des restrictions.

Les chaussures étaient plusieurs fois ressemelées et furent bientôt remplacées par des galoches à semelles de bois. Des bons de pétrole étaient distribués par la Mairie pour faire fonctionner des éclairages de fortune. Des bougies en résine furent aussi fabriquées ainsi que des lampes à carbure.


Malgré tous ces problèmes, la population rurale n'était pas la plus malheureuse. Les habitants des villes, par contre, devaient parcourir la campagne afin d'essayer d'améliorer l'ordinaire. Les plus débrouillards utilisaient des vélos rafistolés, équipés de pneus fabriqués avec des vieux tuyaux d'arrosage ou des morceaux de pneus de voiture.


Le charbon se faisait rare, le bois et même la tourbe étaient très recherchés. Un important volume de « motte » fut extrait pendant cette période


Profitant de cette pénurie généralisée, des gens peu scrupuleux organisèrent un marché parallèle dit  « marché noir » où tout était vendu à des prix prohibitifs au détriment de la population moins argentée. Cette situation durera longtemps après la fin de la guerre puisque les cartes de rationnement ne furent supprimées qu'en 1947.